TD 6 : Keynes, Okun, Phillips

Demande effective, chômage involontaire, loi d’Okun et courbe de Phillips

Dossier de TD : critique keynésienne du marché du travail, calcul du coefficient d’Okun et lecture de la courbe de Phillips augmentée des anticipations (NAIRU).
Auteur·rice
Affiliation

Pierre Beaucoral

ATER, Université Clermont Auvergne · L2 AES (Semestre 1)

Date de publication

août 2026

Objectifs de la séance

À l’issue de cette séance, vous saurez :

  • Distinguer le chômage involontaire (Keynes) du chômage volontaire (néoclassique) et expliquer le rôle de la demande effective dans les décisions d’embauche des entreprises.
  • Expliquer pourquoi une baisse générale des salaires peut, chez Keynes, aggraver le chômage plutôt que le résorber.
  • Énoncer la loi d’Okun (\(\Delta u = -\beta\,(g-\bar g)\)), calculer une variation du taux de chômage à partir d’un taux de croissance donné, et interpréter des coefficients d’Okun observés dans plusieurs pays.
  • Lire et interpréter la courbe de Phillips de court terme et de long terme, définir le NAIRU et utiliser l’équation \(\pi = \pi^a - a\,(u-u^n)\).
ImportantRappel d’organisation

La correction du CC1 (évalué en séance 4) est traitée en séance, à l’oral, avec le sujet projeté. Elle ne figure pas dans ce dossier écrit : apportez vos copies annotées.

Pré-requis. CM 6 (critique keynésienne du marché du travail, demande effective, loi d’Okun) et CM 7 (courbe de Phillips, NAIRU, anticipations). Relisez si besoin cours/chap2.qmd, §II.2-4.


Exercice 1 : Définitions et QCM

a) Pour chacune des affirmations suivantes, dites si elle est vraie ou fausse et justifiez en une phrase.

  1. Pour Keynes, ce sont les entreprises qui décident du volume d’embauche en fonction du coût du travail anticipé.
  2. Le chômage involontaire désigne des individus qui refusent de travailler au salaire de marché.
  3. Une hausse des salaires nominaux peut, chez Keynes, soutenir l’emploi via la demande effective, contrairement à la prescription néoclassique.
  4. La loi d’Okun établit une relation de corrélation positive entre le taux de croissance du PIB et la variation du taux de chômage.
  5. Le NAIRU est le taux de chômage pour lequel l’inflation observée est strictement nulle.
  6. À long terme, la courbe de Phillips est verticale au niveau du taux de chômage naturel \(u^n\).

b) QCM : une seule bonne réponse par question.

  1. Selon Keynes, ce qui gouverne les décisions d’embauche des entreprises est :
    1. le salaire réel d’équilibre b) la demande effective anticipée sur le marché des biens c) le taux d’intérêt réel d) la productivité marginale du travail
  2. Le NAIRU correspond :
    1. au taux de chômage qui fait accélérer l’inflation b) au taux de chômage compatible avec une inflation stable c) à un taux de chômage strictement conjoncturel d) à la différence entre chômage observé et chômage structurel
  3. Selon la théorie des anticipations rationnelles :
    1. l’arbitrage inflation-chômage subsiste indéfiniment, même annoncé b) l’arbitrage disparaît même à court terme si la politique est anticipée c) les politiques monétaires expansives stimulent durablement l’emploi d) l’inflation anticipée est toujours inférieure à l’inflation observée
  4. Le coefficient d’Okun mesure :
    1. le niveau du taux de chômage naturel b) la sensibilité de la variation du chômage à un point de croissance supplémentaire c) l’écart entre chômage volontaire et involontaire d) la pente de la courbe de Phillips de long terme

Pour les questions 1 à 6, repartez du tableau « quatre ruptures avec l’analyse néoclassique » du CM 6 et de l’équation \(\pi = \pi^a - a(u-u^n)\) du CM 7 : le signe de chaque relation (positive/négative) est la clé de la plupart des pièges.


Exercice 2 : Lecture de données : le coefficient d’Okun selon les pays

Le tableau suivant reporte le coefficient d’Okun \(\beta\) estimé pour cinq pays, sur deux sous-périodes.

Pays 1961-1980 1981-2016
États-Unis 0,38 0,42
France 0,13 0,28
Royaume-Uni 0,12 0,37
Allemagne 0,20 0,20
Japon 0,02 0,07

Source : Blanchard et Cohen (2017), d’après CORE (2018).

Questions.

  1. Rappelez la signification économique du coefficient \(\beta\) dans la loi d’Okun \(\Delta u = -\beta\,(g-\bar g)\). Un \(\beta\) élevé traduit-il un chômage plus ou moins réactif aux fluctuations de la production ?
  2. Classez les cinq pays du plus réactif au moins réactif sur la période 1981-2016. Le classement change-t-il par rapport à 1961-1980 ?
  3. Le CM 6 avance que \(\beta\) dépend de la façon dont les entreprises ajustent l’emploi aux variations de production, elle-même liée à la législation sur l’embauche et le licenciement. Le cas du Japon (0,02 puis 0,07) illustre-t-il plutôt un marché du travail flexible ou protégé ? Justifiez.
  4. Le coefficient français passe de 0,13 à 0,28 entre les deux sous-périodes. Proposez une explication à cette hausse en mobilisant la notion de flexibilité du marché du travail (vous pouvez anticiper sur le modèle WS-PS vu en CM 8).
AvertissementErreur fréquente

Ne confondez pas le niveau du taux de chômage (structurel, conjoncturel) et sa sensibilité à la croissance (\(\beta\)) : un pays peut avoir un chômage structurel élevé (ex. France) tout en ayant un coefficient d’Okun modéré. Ce sont deux informations distinctes.


Exercice 3 : Exercice analytique : calcul et lecture de la courbe de Phillips

On étudie une économie caractérisée par un taux de chômage naturel \(u^n = 8\,\%\), un paramètre de sensibilité \(a = 0{,}9\), et deux scénarios d’inflation anticipée : \(\pi^a = 1\,\%\) (scénario A, anticipations ancrées) et \(\pi^a = 4\,\%\) (scénario B, anticipations plus élevées).

a) Calcul. À l’aide de l’équation de Phillips augmentée \(\pi = \pi^a - a\,(u-u^n)\), complétez le tableau suivant (arrondissez à \(0{,}1\) point) pour le scénario A :

\(u\) (%) 5 6 7 8 9 10
\(\pi\) (%)

b) Que vaut \(\pi\) lorsque \(u = u^n = 8\,\%\) ? Ce résultat est-il propre au scénario A, ou vaut-il aussi pour le scénario B ? Expliquez pourquoi.

c) Lecture du graphique. La figure ci-dessous représente les deux courbes de Phillips de court terme (scénarios A et B) et la droite verticale de long terme.

Figure 1: Courbe de Phillips de court terme (scénarios A et B) et courbe de long terme verticale au NAIRU (uⁿ = 8 %) : un déplacement des anticipations d’inflation translate la courbe de court terme sans modifier le chômage de long terme.

Questions sur la figure.

  1. Un gouvernement du scénario A souhaite ramener durablement le chômage à 6 %. D’après la figure, que doit-il accepter à court terme ? Que se passe-t-il ensuite si les agents révisent leurs anticipations à la hausse ?
  2. Représentez (mentalement ou sur brouillon) le passage du scénario A au scénario B sur le graphique : dans quel sens la courbe de court terme se déplace-t-elle ? Ce déplacement modifie-t-il la position de la droite de long terme ?
  3. En une phrase, expliquez pourquoi ce graphique illustre l’idée que « la politique monétaire n’a pas d’effet réel durable ».

Pour la question 5, repérez le point d’intersection entre \(u=6\,\%\) et la droite du scénario A avant de raisonner sur le déplacement de la courbe.


Exercice 4 : Question de réflexion

Rédigez une réponse structurée (15 à 20 lignes, avec une courte introduction et une conclusion) à la question suivante :

« Une entreprise qui réduit les salaires de ses employés augmente-t-elle nécessairement l’emploi ? »

Vous mobiliserez explicitement les notions de demande effective, de chômage involontaire et de loi d’Okun, et vous confronterez le raisonnement keynésien à la lecture néoclassique vue au TD 5.

NoteAttendu méthodologique

Une bonne copie : (i) pose le raisonnement néoclassique de départ (baisse du coût du travail \(\Rightarrow\) hausse de la demande de travail) ; (ii) expose la contre-argumentation keynésienne (salaire = revenu, effet sur la demande effective) ; (iii) conclut sur les conditions (partielles/générales, courte/longue période) sous lesquelles chaque lecture est pertinente.


Pour aller plus loin

AstuceRessources complémentaires
  • Blanchard et Cohen (2017), Macroéconomie, chapitre sur la relation croissance-chômage : pour l’estimation détaillée des coefficients d’Okun par pays.
  • Article : « La reprise sans emplois remet-elle en cause la loi d’Okun ? », blog Illusio : lecture courte sur les limites de la loi d’Okun après les récessions récentes.
  • Vidéo : rechercher « courbe de Phillips expliquée » sur une chaîne d’économie grand public (Heu?reka, Osons Causer) pour une explication visuelle du passage court terme/long terme.
  • Pour réviser le CC1 avant sa correction en séance : reprenez vos réponses aux trois sujets d’examen distribués en séance 4 et notez vos points de blocage.
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