Le chômage d’équilibre résulte des institutions du marché du travail

CM 8 : Le modèle WS-PS et la théorie de l’appariement (Chapitre II, Partie 2, §III-IV)

Pierre Beaucoral

L2 AES : Semestre 1, 2026-2027

Plan de la séance

  1. Une nouvelle logique : le chômage institutionnel, ni classique ni keynésien
  2. La fixation des salaires (WS) : salaire d’efficience et pouvoir de négociation
  3. La fixation des prix (PS) et le chômage d’équilibre \(u^*\)
  4. Déterminants et politiques économiques dans le modèle WS-PS
  5. Passer des stocks aux flux : la courbe de Beveridge
  6. Le modèle DMP (Diamond-Mortensen-Pissarides) et la tension \(\theta\)
  7. Synthèse des quatre cadres théoriques du chômage

Objectifs

À l’issue de cette séance, vous saurez :

  • Expliquer pourquoi le modèle WS-PS produit un chômage d’équilibre, involontaire mais non keynésien.
  • Construire et lire le diagramme WS-PS (courbe WS décroissante, courbe PS horizontale) et calculer \(u^*\).
  • Justifier pourquoi les salaires sont fixés au-dessus du salaire de réserve (salaire d’efficience, insiders-outsiders).
  • Passer d’une analyse en stocks à une analyse en flux et lire une courbe de Beveridge.
  • Définir la tension du marché du travail \(\theta = v/u\) et situer l’apport du modèle DMP (Nobel 2010).

Deux limites des cadres précédents

Les modèles néoclassique et keynésien ne rendent pas compte de deux régularités empiriques majeures :

  • des écarts de chômage durables entre pays qui ne s’expliquent ni par un déséquilibre passager de la demande, ni par un simple excès de salaire réel ;
  • l’observation simultanée d’un chômage élevé et de nombreux emplois vacants non pourvus, un fait que l’analyse en stocks ne peut pas expliquer.

Le modèle WS-PS répond à la première limite ; la théorie de l’appariement répond à la seconde.

Le chômage se disperse durablement en Europe

Figure 1: Taux de chômage harmonisé (BIT), moyenne annuelle 2023. Source : Eurostat (une_rt_a), % de la population active 15-74 ans. France : série nationale BIT (Banque mondiale, WDI) ; comparaison indicative.

Un écart durable, pas conjoncturel

L’écart entre l’Espagne ou la Grèce (chômage à deux chiffres) et l’Allemagne, la Tchéquie ou la Pologne (chômage autour de 3 %) est durable, pas seulement conjoncturel : deux économies exposées à des chocs de demande comparables peuvent afficher un chômage structurel très différent. C’est ce que le modèle WS-PS cherche à expliquer.

Le modèle WS-PS : chômage institutionnel, pas conjoncturel

WS-PS (Wage Setting–Price Setting), Layard, Nickell & Jackman (Layard et al. 1991). Modèle du chômage d’équilibre : confrontation entre la politique de prix des entreprises et la dynamique des salaires. Comme chez Keynes, aucune force de rappel automatique ne ramène au plein emploi, mais ici le chômage vient de facteurs institutionnels (concurrence sur les marchés, négociation salariale, indemnisation chômage), pas d’une insuffisance conjoncturelle de la demande.

Deux niveaux : au niveau micro, chaque entreprise fixe \(w\), \(p\) et son embauche ; au niveau macro, l’agrégation de ces décisions fait émerger deux courbes, WS et PS, dont la confrontation détermine le salaire réel et l’emploi total.

Les décisions micro s’agrègent en deux courbes macro

flowchart TD
    A[Chaque entreprise fixe salaire prix et embauche] --> B[Agregation macroeconomique]
    B --> C[Courbe WS decroissante]
    B --> D[Courbe PS horizontale]
    C --> E[Confrontation WS-PS]
    D --> E
    E --> F[Salaire reel et emploi total]

Les décisions individuelles des entreprises se rejoignent au niveau macroéconomique dans les courbes WS et PS, dont la confrontation détermine le salaire réel et l’emploi total.

Le passage du niveau micro (décisions individuelles des entreprises) au niveau macro (courbes WS et PS) est ce qui transforme des choix décentralisés en un chômage d’équilibre agrégé.

Pourquoi le salaire est-il fixé au-dessus du salaire de réserve ?

Salaire d’efficience (Leibenstein 1957 ; Shapiro & Stiglitz 1984 (Shapiro et Stiglitz 1984)). Un salaire supérieur au salaire d’équilibre incite les travailleurs à plus d’effort, ce qui accroît productivité et profits.

Origines : anti-sélection, aléa moral, fidélisation de la main-d’œuvre (coûts de rotation).

Pouvoir de négociation (insiders-outsiders, Lindbeck & Snower 1986). Même sans négociation collective, les salariés négocient d’autant mieux que leur emploi est qualifié et que le chômage est bas.

Les insiders (en poste) défendent leur salaire et leur emploi au détriment des outsiders (chômeurs).

Deux logiques convergent vers un salaire élevé

flowchart TD
    A[Salaire d efficience] --> C[Salaire superieur au salaire de reserve]
    B[Pouvoir de negociation des insiders] --> C
    C --> D[Courbe WS decroissante]

Salaire d’efficience et pouvoir de négociation des insiders sont deux logiques distinctes qui convergent vers un salaire réel supérieur au salaire de réserve, à l’origine de la pente négative de la courbe WS.

Ces deux mécanismes n’ont pas la même origine, l’un relève de la stratégie de l’entreprise, l’autre du rapport de force salarial, mais produisent le même résultat macroéconomique : un salaire réel négocié au-dessus du salaire de réserve.

L’équation de fixation des salaires

\[ W = P \cdot F(u, z) \]

\(P\) (effet \(+\)) est le niveau général des prix, \(u\) (effet \(-\)) le taux de chômage, et \(z\) (effet \(+\)) une variable composite (indemnisation chômage, pouvoir syndical, salaire minimum…).

En divisant par \(P\) :

\[ WS : \quad \frac{W}{P} = F(u, z) \]

La courbe WS est décroissante : plus le chômage est élevé, plus le pouvoir de négociation des travailleurs est faible, plus le salaire réel négocié est bas.

Les entreprises appliquent un taux de marge sur leur coût

Simplification : le travail est le seul facteur de production, de productivité \(\lambda = 1\). En concurrence imparfaite, les entreprises appliquent un taux de marge \(m > 0\) sur leur coût marginal :

\[ P = (1+m)\,W \quad\Longrightarrow\quad PS : \quad \frac{W}{P} = \frac{1}{1+m} \]

Le salaire réel compatible avec le taux de marge ne dépend pas du taux de chômage : la courbe PS est horizontale. Sa position dépend de la concurrence sur les marchés (une hausse de \(m\) abaisse la PS) et de la productivité du travail (une hausse de \(\lambda\) relève la PS).

Le chômage d’équilibre \(u^*\)

Le taux de chômage d’équilibre égalise le salaire réel négocié (WS) et le salaire réel compatible avec le taux de marge (PS) :

\[ F(u^*, z) = \frac{1}{1+m} \]

Construction pas à pas : cliquez pour ajouter la courbe PS, situer \(u^*\), puis simuler une hausse du taux de marge \(m\).

Figure 2
Figure 3
Figure 4
Figure 5

Construction du diagramme WS-PS : la courbe WS seule, puis la courbe PS, puis \(u^*\) à leur intersection, puis une hausse du taux de marge (\(m\) de 0,43 à 0,50) qui abaisse la PS et élève le chômage d’équilibre (ancien équilibre en gris).

Application numérique

Soit \(WS : \dfrac{W}{P} = 0{,}75 - 0{,}02\,u\) et \(PS : \dfrac{W}{P} = \dfrac{1}{1+m}\) avec \(m = 0{,}43\).

\(PS = \dfrac{1}{1{,}43} \approx 0{,}699\). En résolvant \(0{,}75 - 0{,}02\,u^* = 0{,}699\) : \(u^* \approx 2{,}5\) (unités du modèle), salaire réel d’équilibre \(\approx 0{,}699\).

Une hausse du taux de marge (fusion sectorielle, \(m\) passant à \(0{,}50\)) abaisse la courbe PS (\(PS = 1/1{,}5 \approx 0{,}667\)) et augmente donc le chômage d’équilibre.

Terminologie à retenir

Taux de chômage d’équilibre = taux de chômage structurel = taux de chômage naturel.

À ce taux, l’emploi et la production sont en phase avec les capacités productives de l’économie : comme le NAIRU vu au CM précédent, le modèle WS-PS est un cadre de long terme.

Dans ce modèle, le chômage est involontaire mais non keynésien : il ne provient pas d’une insuffisance de la demande globale, mais de l’absence de marchés parfaitement concurrentiels et du pouvoir de négociation des salariés.

Ce qui déplace WS ou PS, et donc \(u^*\)

Choc Courbe affectée Effet sur \(u^*\)
Baisse de la concurrence (hausse de \(m\)) PS \(\downarrow\) \(u^*\) \(\uparrow\)
Hausse du pouvoir syndical / des indemnités chômage WS \(\uparrow\) \(u^*\) \(\uparrow\)
Subvention sur les salaires (baisse du coût du travail) WS \(\downarrow\) \(u^*\) \(\downarrow\)
Hausse de la productivité du travail PS \(\uparrow\) Effet ambigu (partage salaire/profit)
Baisse de la demande globale Aucune Chômage total \(\uparrow\), au-delà de \(u^*\)

Source : Layard, Nickell & Jackman (1991), synthèse du cours (Chapitre II, Partie 2, §III).

Les cadres statiques ont une limite commune

Néoclassique, keynésien et WS-PS raisonnent sur une structure statique : emploi et chômage y sont des stocks. Or même en période de chômage faible, environ 15 % des emplois sont créés et détruits chaque année dans les pays développés, et il n’est pas rare d’observer simultanément un chômage élevé et de nombreux emplois vacants non pourvus.

Il faut donc analyser le marché du travail en flux : créations et destructions d’emploi, entrées et sorties du chômage, mouvements entre emploi, chômage et inactivité.

Trois flux relient emploi, chômage et inactivité

flowchart TD
    E[Emploi] -- destructions --> C[Chomage]
    C -- creations --> E
    C -- sorties du marche --> I[Inactivite]
    I -- entrees sur le marche --> C
    E -- depart --> I
    I -- retour --> E

Trois flux relient en permanence emploi, chômage et inactivité : créations et destructions d’emploi, entrées et sorties du chômage, mouvements avec l’inactivité.

Un chômage stable en niveau peut cacher une intense rotation entre ces trois états : ce que l’analyse en stocks, seule, ne peut pas révéler.

La courbe de Beveridge

Courbe de Beveridge. Relation décroissante entre le taux de chômage \(u\) et le taux d’emplois vacants \(v\). Au cours du cycle économique, l’économie se déplace le long de cette courbe : conjoncture favorable \(\Rightarrow\) emplois vacants \(\uparrow\) et chômage \(\downarrow\).

Le croisement avec la droite de pente 45° (\(u = v\)) correspond à une situation de « plein emploi » au sens de Beveridge : chômeurs et emplois vacants sont en nombre égal, sans tension particulière : la probabilité de sortir du chômage égale la probabilité de pourvoir un poste vacant.

Représenter la courbe de Beveridge

Figure 6: La courbe de Beveridge : relation décroissante entre taux de chômage et taux d’emplois vacants. Un déplacement vers l’extérieur (courbe rouge) traduit une détérioration du processus d’appariement (inadéquation des qualifications, hystérèse).

Le cas français : boucle conjoncturelle et choc post-Covid

Figure 7: Chômage (BIT) et taux d’emplois vacants en France, moyennes annuelles, 2013-2024 : avant 2020, l’économie se déplace le long d’une courbe à peu près stable ; à partir de 2020, la boucle se déplace vers l’extérieur, avec une tension record en 2022. Sources : chômage, série nationale BIT (Banque mondiale, WDI, SL.UEM.TOTL.NE.ZS) ; taux d’emplois vacants, Eurostat (jvs_q_nace2, indicateur JOBRATE, secteurs B-S), France, moyennes annuelles ; quelques points bien établis retenus plutôt qu’une série trimestrielle complète.

Avant 2020, la France se déplace le long d’une courbe à peu près stable au fil du cycle. À partir de 2020, la courbe se déplace vers l’extérieur : à chômage comparable, il faut désormais davantage d’emplois vacants, signe de tensions de recrutement accrues.

Deux mouvements à ne pas confondre

  • Le long de la courbe : un choc de demande positif déplace l’économie vers le haut-gauche (plus de \(v\), moins de \(u\) : tension élevée) ; un choc négatif la déplace vers le bas-droite (peu de tension).
  • La courbe elle-même se déplace lorsque l’appariement se détériore : il faut alors davantage d’emplois vacants pour atteindre le même taux de chômage.

Ce déplacement vers l’extérieur a été observé en Europe depuis les années 1970 : mutations technologiques (destruction d’emplois, recherche de nouveaux profils) et hystérèse (déqualification des chômeurs de longue durée, moins « appariables »).

Diamond, Mortensen, Pissarides : Nobel d’économie 2010

Les modèles d’appariement, développés par Peter Diamond, Dale Mortensen et Chris Pissarides (Diamond 1982; Mortensen et Pissarides 1994), distingués par le prix Nobel d’économie 2010, approfondissent la logique de la courbe de Beveridge en modélisant explicitement la rencontre entre chômeurs et emplois vacants.

Tension sur le marché du travail \(\theta = v/u\) (emplois vacants sur chômeurs). Plus \(\theta\) est élevé, plus le marché est « tendu » : nombreux postes pour peu de chômeurs \(\Rightarrow\) probabilité de pourvoir un poste faible pour l’entreprise, mais probabilité de trouver un emploi élevée pour le chômeur.

L’équilibre du modèle DMP

L’équilibre résulte de la confrontation de deux relations, toutes deux fonctions de \(\theta\) et du salaire réel \(w/p\) :

Demande de travail des entreprises

Relation décroissante entre \(\theta\) et \(w/p\) : un salaire réel élevé réduit la demande de travail, donc le nombre de postes créés, donc \(\theta\).

Courbe des salaires

Relation croissante entre \(\theta\) et \(w/p\) : plus la probabilité de retrouver un emploi est élevée (marché tendu), plus le pouvoir de négociation des travailleurs, donc le salaire exigé, est fort.

Deux relations opposées déterminent la tension d’équilibre

flowchart TD
    T[Tension theta egale v sur u] --> D1[Demande de travail decroissante en salaire reel]
    T --> D2[Courbe des salaires croissante en salaire reel]
    D1 --> EQ[Equilibre theta etoile et salaire reel d equilibre]
    D2 --> EQ

La tension du marché du travail résulte de la rencontre entre la demande de travail des entreprises, décroissante avec le salaire réel, et la courbe des salaires, croissante avec le salaire réel.

Les deux relations sont fonctions de la même variable \(\theta\) mais varient en sens opposé avec le salaire réel : leur intersection fixe simultanément la tension d’équilibre \(\theta^*\) et le salaire réel négocié.

Les déterminants du chômage dans le cadre DMP

  • L’efficacité du processus d’appariement (rapprochement offre-demande) ;
  • l’intensité de l’effort de recherche des chômeurs ;
  • le taux de destruction des emplois (séparation) ;
  • le pouvoir de négociation des travailleurs ;
  • le niveau des revenus de remplacement (indemnisation chômage) ;
  • la productivité du travail et le coût du capital.

Source : Diamond (1982) (Diamond 1982) ; Mortensen & Pissarides (1994) (Mortensen et Pissarides 1994), synthèse du cours (Chapitre II, Partie 2, §IV).

Deux leviers de politique de l’emploi issus de l’appariement

À retenir

  1. Faciliter les créations et destructions d’emplois (flexibiliser) : les coûts d’embauche/licenciement ralentissent l’ajustement de l’emploi à la conjoncture. Nuance empirique : la relation entre protection de l’emploi et niveau du chômage n’est pas clairement établie dans les données.
  2. Améliorer l’efficacité de l’appariement : accompagnement des chômeurs (France Travail), incitations à la recherche d’emploi, mobilité géographique et professionnelle.

Ces deux leviers structurent une bonne partie des réformes du marché du travail en France et en Europe depuis les années 2000, étudiées en détail au Chapitre III.

Quatre regards complémentaires sur le chômage

Cadre théorique Mécanisme central Type de chômage Horizon
Néoclassique Salaire réel trop élevé vs équilibre de marché Volontaire / classique Long terme
Keynésien Insuffisance de la demande effective Involontaire / conjoncturel Court terme
WS-PS Pouvoir de négociation + pouvoir de marché Involontaire / structurel Long terme
Appariement (DMP) Frictions et inadéquation offre-demande Frictionnel / d’inadéquation Court et long terme

Ces quatre cadres ne s’excluent pas : ils mettent l’accent sur des mécanismes différents, pertinents à des degrés divers selon les pays, les périodes et les segments du marché du travail.

À retenir

Synthèse de la séance

  • Le modèle WS-PS explique un chômage d’équilibre, institutionnel (concurrence, négociation salariale), et non conjoncturel : WS décroissante \(\times\) PS horizontale \(\Rightarrow\) \(u^*\).
  • Les salaires sont fixés au-dessus du salaire de réserve par salaire d’efficience et pouvoir de négociation (insiders-outsiders).
  • La courbe de Beveridge (\(u\), \(v\) décroissants) permet de penser le marché du travail en flux plutôt qu’en stocks.
  • Le modèle DMP formalise la tension \(\theta = v/u\) et l’équilibre entre demande de travail et courbe des salaires.
  • Deux leviers de politique : flexibiliser et améliorer l’appariement.

Pour la prochaine fois

CM 9 : Chapitre III : Politiques de l’emploi (cas français)

  • Relire les sections §III-IV du Chapitre II (WS-PS et appariement) et revoir le diagramme WS-PS.
  • Réviser la distinction politiques actives vs passives de l’emploi.
  • Préparer le TD 7 (appariement + trappe à inactivité).

Sources : Chapitre II, Partie 2, §III-IV (cours/chap2.qmd) ; Layard, Nickell & Jackman (1991) (Layard et al. 1991) ; Shapiro & Stiglitz (1984) (Shapiro et Stiglitz 1984) ; Diamond (1982) (Diamond 1982) ; Mortensen & Pissarides (1994) (Mortensen et Pissarides 1994).

Diamond, Peter A. 1982. « Wage Determination and Efficiency in Search Equilibrium ». Review of Economic Studies 49 (2): 217‑27.
Layard, Richard, Stephen Nickell, et Richard Jackman. 1991. Unemployment: Macroeconomic Performance and the Labour Market. Oxford University Press.
Mortensen, Dale T., et Christopher A. Pissarides. 1994. « Job Creation and Job Destruction in the Theory of Unemployment ». Review of Economic Studies 61 (3): 397‑415.
Shapiro, Carl, et Joseph E. Stiglitz. 1984. « Equilibrium Unemployment as a Worker Discipline Device ». American Economic Review 74 (3): 433‑44.