flowchart LR
A[Consommation des ménages] --> C[Demande effective anticipée]
B[Investissement des entreprises] --> C
C --> D[Décision de production]
D --> E[Décision d'embauche]
E --> F[Emploi ou chômage involontaire]
Chapitre II, Partie 2, §2.2 : De la critique du néoclassique à la relation croissance-chômage
L2 AES : Semestre 1, 2026-2027
D’après le Chapitre II, Partie 2, §2.2.
À l’issue de cette séance, vous saurez :
Pour les néoclassiques (CM 5), le chômage d’équilibre est volontaire (salaire de réserve supérieur au salaire de marché) ; le reste est un chômage classique, dû à un salaire réel maintenu au-dessus du salaire d’équilibre (SMIC, conventions collectives, rigidités). La solution est alors de baisser le coût du travail.
Keynes conteste ce diagnostic sur deux plans : la nature de l’offre et de la demande de travail, et le niveau d’analyse (macroéconomique, non partiel).
Conséquence. Le marché du travail n’est pas autonome : son équilibre ne peut résulter que d’un équilibre général portant sur l’ensemble des marchés (biens et services, capitaux, monnaie, travail).
Si l’offre de travail est décroissante avec \(w\), une baisse des salaires accroît l’offre de travail, et donc, toutes choses égales par ailleurs, aggrave le chômage au lieu de le résorber.
Lecture néoclassique
La productivité marginale et le coût du travail déterminent l’offre des entreprises, qui maximise leur profit. L’offre trouve toujours sa demande (loi des débouchés de Say).
Lecture keynésienne
La demande de travail \(L^d\) n’est qu’une demande dérivée : elle dépend des débouchés que les entreprises anticipent sur le marché des biens et services, pas d’un pur calcul technique.
Demande effective. Demande anticipée par les entreprises sur le marché des biens et services (consommation des ménages + investissement des entreprises), qui détermine leurs décisions de production et donc d’embauche.
Ce n’est pas le coût du travail mais l’état de la conjoncture économique, via la demande effective, qui gouverne les décisions d’embauche des entreprises.
flowchart LR
A[Consommation des ménages] --> C[Demande effective anticipée]
B[Investissement des entreprises] --> C
C --> D[Décision de production]
D --> E[Décision d'embauche]
E --> F[Emploi ou chômage involontaire]
Deux décisions indépendantes, la consommation des ménages et l’investissement des entreprises, déterminent, via la demande effective anticipée, le niveau de production et donc d’embauche.
« En moyenne et la plupart du temps, les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît, mais non d’une quantité aussi grande que l’accroissement du revenu. » (Keynes, Théorie générale, 1936)
Fonction de consommation : \(C = C_0 + c\,Y\), avec \(C_0 > 0\) consommation incompressible et \(0 < c < 1\).
Avec \(C = 200 + 0{,}8\,Y\) :
| Revenu \(Y\) | Consommation \(C\) | Épargne \(S\) | PMC \(= C/Y\) | \(S/Y\) |
|---|---|---|---|---|
| 500 | 600 | −100 | 1,20 | −0,20 |
| 1 000 | 1 000 | 0 | 1,00 | 0 |
| 2 000 | 1 800 | 200 | 0,90 | 0,10 |
| 4 000 | 3 400 | 600 | 0,85 | 0,15 |
Chaque euro supplémentaire est consommé à 80 centimes (PmC \(= 0{,}8\)), mais la part du revenu consommée baisse de 1,20 à 0,85. Empiriquement, la PmC est plus forte chez les ménages modestes : d’où l’intérêt keynésien pour les transferts ciblés sur eux.
Figure 1: Fonction de consommation C = 200 + 0,8 Y (panneau A) et épargne correspondante S = −200 + 0,2 Y (panneau B). La pente de la consommation (0,8) est inférieure à celle de la bissectrice (1) : l’écart vertical entre les deux mesure l’épargne, négative sous le revenu seuil de 1 000. Valeurs illustratives.
Si les ménages épargnent davantage, \(r\) baisse et l’investissement augmente d’autant : la demande globale ne change pas, seule sa composition change. C’est la loi de Say : l’offre crée sa propre demande.
Préférence pour la liquidité. Désir de détenir sa richesse sous forme de monnaie, l’actif le plus liquide (transactions, précaution, incertitude). L’épargne thésaurisée n’est ni consommée ni investie : c’est une fuite hors du circuit de la demande.
Figure 2: Une hausse du désir d’épargne. A (classiques) : l’offre de fonds prêtables passe de S à S’, le taux d’intérêt baisse de 5 % à 4,25 % et l’investissement augmente. B (Keynes) : avec S = −200 + 0,2 Y et un investissement fixé par les anticipations (I = 300), la hausse du désir d’épargne (S’) fait baisser le revenu d’équilibre de 2 500 à 2 250, et l’économie s’éloigne du plein emploi. Valeurs illustratives.
En voulant épargner plus, les ménages réduisent la demande, donc la production et leur propre revenu. Épargne et investissement ne s’égalisent pas par le taux d’intérêt mais par l’ajustement du revenu, qui peut se fixer sous le plein emploi.
Avec \(Y = C + I\) et \(C = C_0 + c\,Y\) : \[ Y^* = \frac{C_0 + I}{1-c} \qquad\Longrightarrow\qquad \Delta Y = \underbrace{\frac{1}{1-c}}_{k}\,\Delta I \]
Si la demande effective anticipée est faible, l’investissement et l’embauche le sont aussi. L’économie peut alors se stabiliser dans un équilibre de sous-emploi : offre et demande de biens s’égalisent, mais à un niveau de production trop faible pour assurer le plein emploi.
Aucun mécanisme de marché, ni la flexibilité des prix, ni celle des salaires, ne ramène spontanément l’économie au plein emploi.
Chômage involontaire. Situation d’individus qui souhaitent travailler au salaire en vigueur sur le marché du travail, mais qui, faute d’embauches suffisantes de la part des entreprises, ne trouvent pas d’emploi.
À la différence du chômage volontaire néoclassique (refus de travailler au salaire d’équilibre), le chômage involontaire résulte d’une insuffisance de la demande globale, non d’un dysfonctionnement du marché du travail lui-même.
Pour l’entreprise
Le salaire est un coût de production : c’est la seule dimension retenue par l’analyse néoclassique.
Pour le ménage
Le salaire est aussi un revenu, source de consommation, donc, in fine, une source de demande adressée aux entreprises.
Baisser les salaires réduit le coût du travail, mais aussi la demande effective qui détermine l’embauche : la politique se retourne contre elle-même. Symétriquement, une hausse des salaires soutient la demande mais renchérit le coût du travail : l’effet net sur l’emploi est ambigu, d’autant plus favorable que l’économie est en sous-emploi.
flowchart LR
A[Baisse des salaires] --> B[Baisse du revenu des ménages]
B --> C[Baisse de la demande effective]
C --> D[Baisse de la production]
D --> E[Baisse de l'embauche]
E --> A
La flèche de retour illustre le caractère auto-entretenu de la spirale déflationniste (crise des années 1930) : sans relance de la demande, rien ne l’arrête spontanément.
Pour sortir l’économie de l’équilibre de sous-emploi, il faut des politiques budgétaires et monétaires expansives :
Le multiplicateur en donne la logique : chaque euro de dépense publique accroît le revenu de plus d’un euro.
D’après Chapitre II, Partie 2, §2.2 : implications de politique économique.
La relance keynésienne est efficace contre un chômage conjoncturel de demande, pas contre tout chômage : d’où la courbe de Phillips et le NAIRU (CM 7).
Figure 3: Taux de chômage annuel et croissance du PIB réel, France et États-Unis, 2000-2023 (bandes grises : récessions de 2008-2009 et 2020). Le chômage se retourne nettement à la hausse en 2008-2009 dans les deux pays, plus brutalement aux États-Unis, où l’ajustement de l’emploi est plus flexible. En 2020, il bondit aux États-Unis mais baisse en France malgré une récession de −7,5 % : le chômage partiel a préservé les emplois, et de nombreuses personnes, ne pouvant pas chercher d’emploi pendant les confinements, sont sorties du chômage au sens du BIT (halo du chômage). Sources : Bureau of Labor Statistics (États-Unis) ; Banque mondiale, WDI, indicateurs SL.UEM.TOTL.NE.ZS (chômage, estimation nationale) et NY.GDP.MKTP.KD.ZG (croissance du PIB réel).
Loi d’Okun. Relation empirique de corrélation négative entre le taux de croissance économique et la variation du taux de chômage. \[ \Delta u = -\beta\,(g - \bar g) \] où \(u\) est le taux de chômage, \(g\) le taux de croissance du PIB réel, \(\bar g\) le taux de croissance nécessaire pour stabiliser le chômage, et \(\beta > 0\) le coefficient d’Okun.
Cliquez pour faire apparaître le nuage, puis la droite de régression, puis les années de récession et la crise sanitaire.
Chaque point est une année : 1991-2023 pour les États-Unis, 1992-2023 pour la France (la variation du taux de chômage nécessite une année de base, disponible un an plus tard pour la France). Croissance du PIB réel en abscisse, variation du taux de chômage en ordonnée. La droite (en or) est estimée hors 2020-2021 (points cerclés : chômage partiel et sorties vers le halo, un choc atypique qui écraserait la pente française de −0,32 à −0,09). Sa pente estime \(-\beta\), plus raide aux États-Unis qu’en France ; elle coupe l’axe horizontal en \(\bar g\). Sources : Bureau of Labor Statistics (États-Unis) ; Banque mondiale, WDI, indicateurs SL.UEM.TOTL.NE.ZS (chômage, estimation nationale) et NY.GDP.MKTP.KD.ZG (croissance du PIB réel).
Figure 7: Le coefficient d’Okun (valeur absolue, |β|) pour cinq pays sur deux sous-périodes, 1961-1980 et 1981-2016 : les économies à contrats plus flexibles (États-Unis, Royaume-Uni) ajustent davantage l’emploi. Source : Blanchard et Cohen (2017), Macroéconomie, tableau des coefficients d’Okun par pays (repris par CORE, The Economy, 2018).
Blanchard et Cohen (2017), Macroéconomie : coefficients d’Okun estimés par pays et sous-période, 1961-1980 et 1981-2016 (repris par CORE, 2018).
Calcul type. \(\beta = 0{,}4\), \(\bar g = 2\,\%\), \(g = 0{,}5\,\%\) : \(\Delta u = -0{,}4 \times (0{,}5 - 2) = +0{,}6\) point. Une croissance positive mais inférieure à \(\bar g\) fait monter le chômage.
D’après Blanchard et Cohen (2017), Chapitre II, Partie 2, §2.2.
Le coefficient d’Okun n’est pas universel : il dépend de la façon dont les entreprises ajustent l’emploi aux variations de la production, donc de la structure des économies (flexibilité des contrats, législation sur l’embauche et le licenciement).
Pour aller plus loin
La séance de TD 6 reprend la critique keynésienne et la loi d’Okun avec des données réelles par pays, et propose la correction du CC1 (évalué en séance 4).
Préparez vos questions sur la demande effective et le calcul du coefficient d’Okun avant la séance.
cours/chap2.qmd)Sources : Chapitre II, Partie 2, §2.2 ; Blanchard & Cohen (2017), Macroéconomie.
Macroéconomie 1, L2 AES · 2026-2027