flowchart LR
A[Avant signature] --> SA[Selection adverse]
SA --> S[Signature du contrat]
S --> B[Apres signature]
B --> AM[Alea moral]
Spécificités, modèles internationaux et mesures du chômage (Chapitre II, Partie 1 : § I-III)
L2 AES : Semestre 1, 2026-2027
Séance adossée au Chapitre II, Partie 1, sections I à III du résumé de cours.
À l’issue de cette séance, vous saurez :
D’après les cours de C. Mathonnat (2018-2019) et M. Ouedraogo (2025-2026), CERDI, Université Clermont Auvergne.
Marché du travail. Lieu théorique de confrontation entre la demande de travail (les entreprises, qui offrent des emplois) et l’offre de travail (les ménages, qui offrent leur force de travail en demandant un emploi).
Attention au vocabulaire, source de confusion fréquente :
Ce qui s’échange sur le marché du travail, ce sont des personnes, pas des marchandises comme les autres.
Sélection adverse
Avant la signature du contrat : l’employeur ne connaît pas parfaitement les compétences et la motivation réelles des candidats.
Un salaire trop bas peut dissuader les meilleurs profils de postuler.
Aléa moral
Après la signature du contrat : l’employeur ne peut observer parfaitement l’effort du salarié, une fois celui-ci protégé par son contrat.
Un salarié en CDI peut être moins incité à fournir un effort maximal.
Ces deux asymétries d’information distinguent radicalement le marché du travail d’un marché de biens ordinaire.
Akerlof (1970) (Akerlof 1970) ; Spence (1973) (Spence 1973) ; Shapiro & Stiglitz (1984) (Shapiro et Stiglitz 1984).
flowchart LR
A[Avant signature] --> SA[Selection adverse]
SA --> S[Signature du contrat]
S --> B[Apres signature]
B --> AM[Alea moral]
Akerlof, Spence et Stiglitz ont partagé le prix Nobel d’économie 2001 pour leurs analyses des marchés en information asymétrique.
Akerlof (1970) raisonne sur les voitures d’occasion : le vendeur connaît l’état réel du véhicule, l’acheteur non.
Transposé au recrutement : si l’employeur n’observe pas la productivité des candidats, il propose un salaire calé sur la productivité moyenne attendue. Les candidats les plus productifs, sous-payés à ce salaire, renoncent à postuler, ce qui dégrade encore le vivier. D’où le rôle des dispositifs de signal (diplôme, expérience, période d’essai) analysés par Spence (1973), et celui du salaire d’efficience (CM 8) : payer au-dessus du marché pour attirer et retenir les bons profils.
Comprendre ce marché est un enjeu de première importance : la sous-utilisation de la main-d’œuvre est un gaspillage de potentiel productif, le chômage nourrit tensions sociales et pauvreté, et le travail reste la première source de revenu des ménages.
Une comparaison internationale des taux de chômage fait apparaître des écarts durables entre pays :
Ces pays à faible chômage ne partagent pourtant pas le même modèle institutionnel, d’où une typologie en trois modèles.
Figure 1: Taux de chômage harmonisé, moyenne annuelle 2023 (% de la population active). Source : OCDE, Employment Outlook 2024 ; Eurostat, Labour Force Survey (taux de chômage harmonisé).
OCDE (Employment Outlook 2024) ; Eurostat (Labour Force Survey), moyennes annuelles 2023. Nuance à garder en tête : la Suède (7,7 %) et le Portugal (6,5 %) ne suivent pas exactement la partition Nord/Sud attendue, la réalité est plus continue que la typologie ne le suggère.
Figure 2: Taux de chômage harmonisé par pays, Union européenne, moyenne annuelle 2023. Le gradient Nord/Sud est visible, mais pas parfaitement continu : l’Espagne (12,2 %) et la Grèce (11,1 %) se détachent nettement, tandis que le Portugal (6,5 %) se rapproche des niveaux d’Europe centrale. Source : Eurostat, Labour Force Survey (indicateur une_rt_a). Fond de carte : Natural Earth (rnaturalearth).
Flexibilité (pays anglo-saxons). Faible protection de l’emploi, assurance chômage peu généreuse, faible accompagnement des chômeurs.
Ce modèle a permis de contenir le chômage, au prix d’une forte hausse des inégalités de revenus entre travailleurs qualifiés et peu qualifiés (emplois précaires et peu rémunérés) : c’est notamment le choix fait par le Royaume-Uni.
Sécurité (Europe continentale, dont la France). Protection de l’emploi élevée, assurance chômage généreuse, accompagnement limité des chômeurs.
Ce modèle limite la hausse des inégalités de revenus, mais au prix d’un chômage de longue durée plus élevé pour les travailleurs peu qualifiés.
Flexisécurité (pays nordiques, Danemark en particulier). Faible protection de l’emploi, mais assurance chômage généreuse et conditionnelle à la recherche active d’emploi, combinée à un accompagnement important des chômeurs.
Ce modèle cherche à combiner réallocation rapide de la main-d’œuvre et protection des personnes plutôt que des postes.
Pour aller plus loin
Le « triangle d’or » danois (flexibilité + sécurité sociale + politique active de l’emploi) sera détaillé au Chapitre III, consacré aux politiques de l’emploi.
| Modèle | Protection | Chômage global | Inégalités | Chômage de longue durée |
|---|---|---|---|---|
| Flexibilité | ni emplois, ni travailleurs | contenu | élevées | faible |
| Sécurité | emplois et travailleurs | plus élevé | limitées | élevé (peu qualifiés) |
| Flexisécurité | travailleurs, pas les emplois | contenu | limitées | faible |
Typologie présentée en cours à partir de la comparaison internationale des taux de chômage.
flowchart TD
Q[Chomage structurellement faible] --> M1[Flexibilite]
Q --> M2[Securite]
Q --> M3[Flexisecurite]
M1 --> R1[Faible protection emploi et chomeurs]
M2 --> R2[Forte protection emploi et chomeurs]
M3 --> R3[Protection des travailleurs pas des emplois]
Synthèse des trois modèles présentés dans les diapositives précédentes.
Selon les critères de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) :
\[ \text{Population active} = \text{Employés} + \text{Chômeurs} \]
La population active représente l’offre de travail sur le marché. Ses déterminants principaux : taux d’activité des femmes, structure par âge de la population, flux migratoires, durée des études, âge de départ à la retraite.
Les inactifs sont les personnes en âge de travailler qui ne sont ni en emploi, ni activement à la recherche d’un emploi : chômeurs découragés, personnes malades ou en situation de handicap, personnes au foyer, étudiants, retraités.
flowchart TD
A[Population en age de travailler] --> B[Population active]
A --> C[Inactifs]
B --> D[Emplois]
B --> E[Chomeurs]
Taux d’activité (ou de participation) \(= \dfrac{\text{Population active}}{\text{Population en âge de travailler}}\)
Taux d’emploi \(= \dfrac{\text{Employés}}{\text{Population en âge de travailler}}\)
Taux de chômage \(= \dfrac{\text{Chômeurs}}{\text{Population active}}\)
Trois indicateurs complémentaires, pas un seul : le taux de chômage rapporte les chômeurs à la population active, le taux d’emploi les rapporte à la population en âge de travailler.
Il n’existe pas une, mais deux mesures officielles du chômage en France : celle de l’INSEE (critères du BIT, enquête statistique) et celle de France Travail (décompte administratif des inscrits). Un chômeur, au sens du BIT, est une personne répondant simultanément à trois critères :
Le chômage de longue durée désigne une recherche d’emploi qui se prolonge au-delà de 12 mois.
France Travail comptabilise les personnes inscrites, réparties selon leur situation :
| Catégorie | Situation |
|---|---|
| A | Sans emploi, tenues de rechercher activement un emploi |
| B | Activité réduite courte, tenues de rechercher un emploi |
| C | Activité réduite longue, tenues de rechercher un emploi |
| D | Sans emploi, non tenues de rechercher (formation, maladie…) |
| E | En emploi (contrat aidé, création d’entreprise…), non tenues de rechercher |
Cette nomenclature vise notamment à distinguer les personnes en activité réduite qui continuent à chercher un emploi à temps plein, et celles inscrites mais n’effectuant aucune recherche active.
France Travail (ex-Pôle Emploi) ; service-public.fr.
| Critère | INSEE (BIT) | France Travail |
|---|---|---|
| Nature | Enquête statistique | Fichier administratif |
| Fondement | Trois critères du BIT | Inscription + catégories A-E |
| Périodicité | Enquête Emploi (trimestrielle) | Mensuelle (fin de mois) |
| Comparabilité internationale | Oui (Eurostat, OIT) | Non (nomenclature française) |
| Sensibilité | Indépendante des règles administratives | Dépend des règles d’inscription/radiation |
Les deux chiffres divergent structurellement : celui de France Travail dépend de choix administratifs, celui de l’INSEE d’une enquête standardisée internationalement comparable.
flowchart TD
C[Chomage en France] --> I[INSEE - criteres du BIT]
C --> F[France Travail - inscription]
I --> I1[Sans emploi]
I --> I2[Disponible sous deux semaines]
I --> I3[Recherche active]
F --> F1[Categorie A]
F --> F2[Categorie B]
F --> F3[Categorie C]
F --> F4[Categorie D]
F --> F5[Categorie E]
Synthèse des critères BIT (INSEE) et de la nomenclature France Travail présentés dans les diapositives précédentes.
Figure 3: Nombre de chômeurs/demandeurs d’emploi en France, trois mesures, 2010-2024 (millions de personnes). Source : Insee, enquête Emploi (chômage au sens du BIT) ; Dares/France Travail, statistiques mensuelles du marché du travail (STMT, fin d’année, France entière).
Insee, enquête Emploi (chômeurs BIT, France hors Mayotte) ; Dares/France Travail, STMT (catégories A et A+B+C, France entière). Les trois courbes restent structurellement ordonnées (BIT < catégorie A < catégories A+B+C), preuve visuelle que les deux logiques de mesure ne comptent pas la même population.
Deux pays affichant un taux de chômage quasi identique peuvent avoir des taux d’emploi et d’activité très différents, selon le niveau de participation au marché du travail. Cas réel : Suède contre Italie, 2023. Cliquez pour révéler les indicateurs un à un.
Eurostat, Labour Force Survey : taux de chômage harmonisé et taux d’emploi 20-64 ans, moyennes annuelles 2023. Taux d’activité 20-64 ans dérivé de taux_activité = taux_emploi / (1 − taux_chômage).
Autre piège : une baisse du taux de chômage peut résulter d’une baisse de la population active (chômeurs découragés qui cessent de chercher un emploi), plutôt que d’une reprise économique. Cas extrême : si tous les chômeurs cessaient de chercher un emploi, le taux de chômage tomberait à zéro, sans la moindre création d’emploi.
Un même taux de chômage peut recouvrir des réalités très différentes selon l’intensité des flux sur le marché du travail :
En France, environ 4 % des personnes en emploi à un trimestre donné ne le sont plus au trimestre suivant, contre 40 % des chômeurs qui sortent du chômage d’un trimestre à l’autre.
Halo du chômage. Ensemble des situations dans lesquelles les frontières entre emploi, chômage et inactivité sont difficiles à établir, les critères INSEE/BIT étant stricts, de nombreuses situations intermédiaires échappent à la mesure officielle du chômage.
Note
Ce halo explique pourquoi les économistes surveillent aussi le taux de non-emploi (proportion de personnes sans emploi dans la population en âge de travailler), qui inclut les chômeurs BIT et une partie des inactifs proches du marché du travail.
INSEE, Emploi, chômage, revenus du travail (2017) ; DARES.
flowchart LR
E[Emploi a temps plein] --> SE[Sous-emploi temps partiel subi]
SE --> H[Halo du chomage]
H --> CB[Chomage BIT]
H --> IN[Inactifs proches du marche]
IN --> I[Inactivite stricte]
Synthèse des notions de halo du chômage, sous-emploi et emploi temporaire présentées dans les diapositives précédentes.
À retenir
Chapitre II, Partie 1, sections IV-V.
Macroéconomie 1, L2 AES · 2026-2027