flowchart TD
A[Diagnostic sur le type de chomage] --> B[Chomage classique]
A --> C[Chomage frictionnel]
B --> D[Baisser le cout du travail]
C --> E[Renforcer l accompagnement]
CM 9 : Politiques de l’emploi : cadres d’analyse et flexisécurité (Chapitre III, Section I)
L2 AES : Semestre 1, 2026-2027
À l’issue de cette séance, vous saurez :
Politiques actives : obtenir une croissance plus riche en emplois : allègements de charges pour inciter à l’embauche, emplois aidés, aide à la création d’entreprise, amélioration de la rencontre offre/demande (service public de l’emploi, formation), flexibilisation.
Politiques passives : rendre le chômage supportable et réduire la population active : indemnisation du chômage, incitations au retrait d’activité, abaissement de l’âge de la retraite, partage du travail (réduction du temps de travail).
| Politiques actives | Politiques passives | |
|---|---|---|
| Cible | Le volume d’emplois disponibles | Le niveau de vie des personnes sans emploi |
| Fonction de Musgrave mobilisée | Allocation / stabilisation | Redistribution |
| Condition d’efficacité | Diagnostic correct sur le type de chômage | Calibrage qui ne décourage pas le retour à l’emploi |
| Exemple | Baisse du coût du travail, formation | Assurance chômage, RSA |
Une politique active n’a d’effet que si le diagnostic est le bon : baisser le coût du travail suppose un chômage classique ; renforcer l’accompagnement suppose un chômage frictionnel (Chapitre II).
flowchart TD
A[Diagnostic sur le type de chomage] --> B[Chomage classique]
A --> C[Chomage frictionnel]
B --> D[Baisser le cout du travail]
C --> E[Renforcer l accompagnement]
Une politique active mal ciblée, accompagnement renforcé face à un chômage classique, ou baisse du coût du travail face à un chômage frictionnel, a peu de chances de faire baisser le chômage.
Erreur fréquente
Ne pas confondre politique active et politique efficace, ni politique passive et politique inutile. Une indemnisation généreuse mais limitée dans le temps, couplée à un accompagnement, peut favoriser un retour à l’emploi de meilleure qualité : c’est précisément l’argument de la flexisécurité, présentée plus loin.
En protégeant le revenu des personnes sans emploi, les politiques passives répondent à un objectif de justice sociale, mais mal calibrées, elles peuvent réduire les incitations au retour à l’emploi : c’est la trappe à inactivité, étudiée en détail au CM 10 (Chapitre III, Section II).
Un pays ne choisit pas ses instruments isolément : il combine un niveau de protection de l’emploi, d’indemnisation du chômage et d’accompagnement des chômeurs dans une configuration cohérente. Trois grandes configurations se dégagent dans les pays développés.
| Flexibilité | Sécurité | Flexisécurité | |
|---|---|---|---|
| Protection de l’emploi | Faible | Forte | Faible |
| Indemnisation | Faible, courte durée | Variable, longue durée | Forte, longue, conditionnelle |
| Accompagnement | Faible | Faible en général | Fort |
| Logique | Ni emplois ni travailleurs protégés | Emplois et travailleurs protégés | Travailleurs protégés, pas les emplois |
Source : d’après Bénassy-Quéré, Coeuré, Jacquet, Pisani-Ferry (2021) (Bénassy-Quéré et al. 2021).
Figure 1: Indice OCDE de protection de l’emploi (EPL Database, version 4, 2019 ; échelle 0 = aucune protection, 6 = protection maximale). Sur l’indicateur agrégé de protection des CDI contre les licenciements individuels et collectifs (EPRC), le Danemark est nettement sous la France, proche du Royaume-Uni : c’est ce qui justifie l’étiquette « Faible » du tableau précédent. L’écart avec la France est plus marqué encore sur les seules dispositions propres aux licenciements collectifs (EPC) : c’est surtout par cette marge que passe la flexibilité danoise, la protection contre le licenciement individuel restant proche de celle du Royaume-Uni. Source : OCDE, Indicators of Employment Protection (EPL Database, version 4, 2019), sdmx.oecd.org, dataflow DSD_EPL, indicateurs EPRC (individual and collective dismissals, regular contracts) et EPC (additional provisions for collective dismissals).
Protection de l’emploi (coût du licenciement) et protection des travailleurs (revenu, employabilité) ne sont pas la même chose. Le modèle danois découple les deux : licenciements faciles, mais niveau de vie et accompagnement élevés pour ceux qui perdent leur emploi.
Ce découplage est la clé pour comprendre pourquoi la flexisécurité n’est pas une simple version « molle » du modèle de flexibilité pure.
flowchart TD
A[Deux protections distinctes] --> B["Protection de l emploi<br/>cout du licenciement"]
A --> C["Protection des travailleurs<br/>revenu et employabilite"]
B --> B1[Securite - forte]
B --> B2[Flexibilite et Flexisecurite - faible]
C --> C1[Securite et Flexisecurite - fortes]
C --> C2[Flexibilite - faible]
Sécurité protège les deux à la fois ; flexibilité ne protège ni l’un ni l’autre ; flexisécurité sépare les deux : c’est cette combinaison inédite qui définit le modèle.
Flexisécurité (contraction de flexibilité et sécurité) : modèle conjuguant flexibilité pour les employeurs et sécurité pour les chercheurs d’emploi. Principe directeur : protéger les personnes plutôt que les emplois.
Le terme naît des réformes menées aux Pays-Bas et au Danemark en 1999. Le modèle danois en est devenu la référence internationale, du fait de ses résultats.
Le modèle danois repose sur : une grande liberté de licenciement ; une forte mobilité de l’emploi ; une indemnisation très généreuse du chômage ; un effort important de formation ; des structures institutionnelles décentralisées (conseils régionaux, municipalités, job centers) pilotant finement l’accompagnement.
On résume cette logique par le « triangle d’or », dont les trois sommets sont : flexibilité, indemnisation généreuse, activation.
Trois sommets qui se construisent, et se renforcent, ensemble : cliquez pour les faire apparaître un à un.
Le « triangle d’or » de la flexisécurité danoise : flexibilité, indemnisation généreuse et activation se renforcent mutuellement, les trois flèches bouclant le triangle une fois les trois sommets réunis.
En une dizaine d’années, le Danemark a fortement réduit son chômage, nettement sous le niveau français. Son taux de pauvreté reste également inférieur à celui de la France.
Ces résultats reposent sur des prélèvements obligatoires élevés, qui financent à la fois l’indemnisation généreuse et l’effort d’activation : le modèle a un coût budgétaire important.
Attention à la mesure : le chiffre de 2,5-3 % parfois cité pour le Danemark est le taux national (« net unemployment », Danmarks Statistik, demandeurs d’emploi immédiatement disponibles) : il n’est pas comparable à la mesure harmonisée BIT/OCDE présentée à la diapo suivante, sur laquelle repose toute comparaison internationale.
Figure 5: Taux de chômage harmonisé BIT/OCDE (%), moyenne annuelle, 2000-2024. Le Danemark reste durablement sous la France, mais pas au niveau très bas (2,5-3 %) parfois cité pour la fin des années 2020 : ce chiffre est la mesure administrative nationale danoise (chômage « net » enregistré, Danmarks Statistik), non comparable à la série harmonisée reportée ici. Les États-Unis illustrent le modèle de flexibilité pure : chômage bas hors récession, mais sans le filet de l’activation danoise. Sources : OCDE/BIT, taux de chômage harmonisé annuel (séries LRHUTTTTFRA156S, LRHUTTTTDKA156S, LRHUTTTTUSA156S), via FRED, Federal Reserve Bank of St. Louis, d’après OCDE.
Figure 6: Dépenses publiques de politiques actives de l’emploi, % du PIB, 2023 (service public de l’emploi et administration, formation, incitations à l’embauche, emploi protégé, création directe d’emplois, aide à la création d’entreprise). Le Danemark y consacre plus de 20 fois la part du PIB des États-Unis : la flexisécurité n’est pas une dérégulation gratuite, l’activation a un coût budgétaire assumé, cohérent avec les prélèvements obligatoires élevés mentionnés plus haut. Source : OCDE, Public expenditure and participants in labour market programmes (base LMP), sdmx.oecd.org, dataflow DSD_LMP, catégorie « Total active programmes » (LMP_10T70), % du PIB, 2023.
À retenir
La flexisécurité n’est pas une simple dérégulation : c’est un triptyque équilibré. Retirer un sommet, flexibiliser sans indemniser, ou indemniser sans activer, rapproche du modèle « flexibilité » pur, avec ses coûts sociaux. Cette cohérence explique la difficulté à « importer » le modèle tel quel ailleurs.
Numérique externe : ajuster le volume de travail en faisant varier le nombre de travailleurs (intérim, CDD, temps partiel).
Numérique interne : ajuster le volume de travail via les heures travaillées plutôt que l’effectif (heures supplémentaires, activité partielle).
Fonctionnelle (ou qualitative) : exploiter l’organisation du travail (polyvalence, rotation des tâches).
Salariale : sensibilité des salaires à la conjoncture (cf. WS-PS, CM 8 : plus de flexibilité salariale rapproche du plein-emploi).
| Forme de flexibilité | Marge d’ajustement | Exemple de dispositif français |
|---|---|---|
| Numérique externe | Effectif | CDD, intérim, rupture conventionnelle |
| Numérique interne | Heures travaillées | Heures supplémentaires, activité partielle |
| Fonctionnelle | Organisation du travail | Polyvalence, rotation des tâches |
| Salariale | Niveau du salaire | Négociation salariale décentralisée |
Une même réforme peut relever de plusieurs formes à la fois : la rupture conventionnelle touche au numérique externe et à la sécurité des parcours professionnels.
Sécurité de l’emploi : garder un emploi donné dans une entreprise donnée. Se mesure par le taux de rotation de la main-d’œuvre : \[ \dfrac{\text{embauches} + \text{sorties}}{\text{effectif en début de période}} \]
Sécurité de l’employabilité : avoir un emploi, pas nécessairement chez le même employeur : la sécurité privilégiée par la flexisécurité.
Sécurité des revenus : obtenir un revenu tout au long de la vie, y compris hors emploi (protection sociale).
Sécurité de conciliation : concilier activité rémunérée et autres activités (famille, formation, loisirs).
La flexisécurité déplace l’objectif de la sécurité de l’emploi vers la sécurité de la personne, un fil directeur qui éclaire les réformes françaises étudiées au CM 10 (portabilité des droits, compte personnel de formation).
flowchart TD
F[Flexisecurite] --> FL[Flexibilite - 4 formes]
F --> SE[Securite - 4 notions]
FL --> FL1[Numerique externe]
FL --> FL2[Numerique interne]
FL --> FL3[Fonctionnelle]
FL --> FL4[Salariale]
SE --> SE1[De l emploi]
SE --> SE2[De l employabilite]
SE --> SE3[Des revenus]
SE --> SE4[De conciliation]
Ces deux arbres se répondent terme à terme : c’est cette architecture à deux étages, flexibilité pour l’employeur, sécurité pour la personne, qui distingue la flexisécurité d’une simple dérégulation.
Synthèse de la séance
CM 10 : Chapitre III, Section II : les politiques de l’emploi en France
Sources : Chapitre III, Section I (cours/chap3.qmd) ; Bénassy-Quéré, Coeuré, Jacquet, Pisani-Ferry (2021) (Bénassy-Quéré et al. 2021).
Macroéconomie 1, L2 AES · 2026-2027